Comparing and connecting criminal biography in Early Modern England and France/ Comparer les biographies de criminels anglaises et françaises de l’époque moderne

Léa Lebourg-Leportier

(En francais ci dessous)

Adapted from a paper given at the inaugral conference for the Franco-British network ‘Channel Connections’ 11-12th September 2014, Humanities Research Institute, Sheffield.

Sourced from gallica.fr

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This post focuses on connections and thematic similarities between English and French criminal biographies in the seventeenth and eighteenth centuries. As Françoise du Sorbier and, more recently, Lise Andries have underlined, Early Modern English and French criminal biographies differed in many ways: in terms of quantity (the corpus was much larger in England), chronology (criminal biographies developed earlier in England), and themes (especially in terms of the link between the stories told in the biographies and official judicial discourse). These differences may be explained partly by the nature of English and French judicial systems of the period. Criminal procedure was public in England which allowed for a wider dissemination of judicial news than in France where criminal procedure was secret. However, despite these differences, comparative study of English and French criminal biographies reveal that Channel-connections existed, as well as some commonalities that partly came from shared textual traditions such as rogue literature.

Firstly, this paper presented some examples of connections and exchanges. To some extent, English and French corpora enriched one another. Biographies of some of the most famous criminals such as Louis-Dominique Cartouche or John Sheppard were translated, and some texts were based on foreign cases. For example, A Narrative of the Proceedings in France, which is often attributed to Daniel Defoe, relates the crimes of two French criminals, Le Febvre and Bizeau, who had attacked English travellers and the compilation Derniers sentiments des plus illustres personnages condamnés à mort recounts the lives of mostly English public figures. Furthermore, foreign outlaws were sometimes referred to in criminal biographies to provide comparison.

Besides these connections, comparative study of English and French criminal biographies also shows thematic similarities. In both countries, criminal biographies epitomized what Michel Foucault has depicted in Discipline and punish as a contradiction between a proclaimed didactic aim (more or less foregrounded depending on the text) and an emphasis on the sensational and transgressive dimension of the crimes described. For instance, some texts portrayed criminals through positive motifs that can be found both in England and France. For example, Guilleri and William Page were presented as brave and daring outlaws who could have been great soldiers (in England this kind of characterisation was linked to the gentleman highwayman tradition). Similarly, as shown in Guilleri’s, Cartouche’s and Sheppard’s biographies, thieves were sometimes depicted as cunning and facetious. This last motif echoes rogue literature which often presented the world of marginality humorously. This textual tradition, which developed in Europe in the sixteenth century, depicted the fraud and theft techniques of beggars. These texts had a long-lasting impact on the imagery of criminality which is visible in criminal biographies. As in rogue literature, some of these texts focused on criminals as a group rather than on individuals. As Louis-Dominique Cartouche’s and Jonathan Wild’s biographies show, criminal biographies sometimes presented criminal typologies, described thieves’ specialities and provided information on thieves’ secret languages which recalls sixteenth-century cant lexicons.

Thus, comparative study of these two corpora reveal their differences but also their similarities which seem all the more interesting since English and French editorial and judicial contexts were so different. Furthermore, comparative study seems to be a useful tool for assessing the extent to which criminal biographies oscillated between repetition of traditional motifs and development of new ways of representing criminality.

Léa is a doctoral student at Paris IV Sorbonne, her profile can be found here.

Cartouche, from gallica.fr

Cartouche, from gallica.fr

 

Comparer les biographies de criminels anglaises et françaises de l’époque moderne

Cette communication s’est intéressée aux liens et aux similarités thématiques qui existent entre les biographies de criminels anglaises et françaises à l’époque moderne. Comme Françoise du Sorbier et plus récemment Lise Andries l’ont souligné, les biographies de criminels anglaises et françaises de l’époque moderne diffèrent sous plusieurs aspects : quantitativement (le corpus est plus abondant en Angleterre), chronologiquement (le développement des biographies de criminel est plus précoce en Angleterre) et thématiquement (notamment en ce qui concerne le rapport du récit et de la parole juridique). On peut expliquer partiellement ces différences en invoquant la nature des systèmes juridiques anglais et français de l’époque. La procédure criminelle publique en Angleterre permettait une exploitation commerciale des nouvelles juridiques plus vaste qu’en France où la procédure était secrète. Cependant, l’étude comparée des biographies de criminels anglaises et françaises ne met pas au jour que des différences. Il existait à la fois des échanges entre ces deux corpus et des points communs thématiques qui sont en partie dus à l’influence de traditions textuelles comme la littérature de gueuserie.

Dans une certaine mesure, les corpus de biographies de criminels anglaises et françaises sont enrichis mutuellement à l’époque moderne. Les biographies de certains criminels très connus comme Louis-Dominique Cartouche ou John Sheppard ont été traduites et certains textes s’appuient sur des cas étrangers. Par exemple, A Narrative of the Proceedings in France, qui est souvent attribué à Daniel Defoe, raconte les crimes de deux français, Le Febvre et Bizeau, qui s’en étaient pris à des voyageurs anglais et le recueil Derniers sentiments des plus illustres personnages condamnés à mort s’appuie en grande partie sur des cas anglais. De plus, les biographies font parfois référence à des criminels étrangers qui servent de points de comparaison.

En dehors de ces échanges, l’étude comparée des biographies de criminels met au jour des motifs de représentation communs. On observe dans les deux corpus un balancement que Michel Foucault décrit dans Surveiller et punir entre un dessein moral et didactique affiché (plus ou moins marqué selon les cas) et une mise en valeur de la dimension sensationnelle et transgressive des faits rapportés. Certains textes présentent par exemple le hors-la-loi à travers des motifs positifs que l’on retrouve de part et d’autre de la Manche. Par exemple, Guilleri et William Page, sont parfois représentés comme des brigands forts et audacieux qui auraient pu devenir de grands soldats (en Angleterre, ce type de représentation est associé à la tradition du gentleman highwayman). De même, comme le montrent les biographies de Guilleri, Cartouche et Sheppard, les voleurs sont parfois peints comme des individus rusés et facétieux. Ce dernier type de représentation rappelle la tradition de la littérature de gueuserie qui décrit assez volontiers le monde de la marginalité et de la criminalité sur un mode léger. Ces textes qui se sont développés au XVIe siècle en Europe exposaient les techniques d’escroquerie et de vol des mendiants. Cette tradition marque durablement l’imaginaire de la marginalité et les biographies des criminels portent la trace de cet héritage. Comme dans la littérature de gueuserie, certaines biographies s’attardent davantage sur les criminels en tant que groupe plutôt que sur un individu en particulier. Comme le montrent les textes concernant Louis-Dominique Cartouche et Jonathan Wild, on trouve parfois dans les biographies des typologies des criminels qui peuplent les bas-fonds, la description des spécialités des voleurs ou des informations sur le langage qu’ils utilisent entre eux qui font écho aux lexiques de jargon du XVIe siècle.

L’étude comparée de ces deux corpus permet de mettre en valeur leurs différences mais aussi des points communs qui paraissent d’autant plus intéressants qu’ils ne vont pas de soi puisque les contextes juridiques et éditoriaux anglais et français étaient très différents. De plus, elle semble être un outil intéressant pour évaluer la mesure selon laquelle ces textes oscillent entre la reprise de motifs traditionnels et le développement de nouvelles façons de représenter la criminalité.

Léa est doctorant à Paris IV Sorbonne, son profil se trouve ici.

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